Artiste/Designer graphique/Auteur
Romy
Berrenger
Département
Année de diplôme
2016
Biographie

Née en 1993 à Marseille.

A étudié à l'esadhar du Havre et à l'Adbk de Nürnberg, en Allemagne.

Diplômée en 2016 dans la section art.

Vie et travaille à Rouen et Nürnberg.

CV

.

Texte critique

Romy Berrenger – Collection / perception / matière

 

    Que Romy Berrenger « dessine » l’espace ou « sculpte » la feuille de papier, elle crée des oeuvres d’une grande simplicité qui troublent la perception. Elle n’a pourtant que très peu recours aux effets spéciaux et à la technologie5. Ses interventions se rapprochent plutôt du « lapin-canard » ; ce dessin ambigu et réversible qui se lit tour à tour comme le dessin d’un lapin ou celui d’un canard. Mais contrairement à ce dessin – dont les deux identités continuent à exister en parallèle sans jamais se détruire – les inversions de Romy Berrenger, une fois découvertes, ne permettent aucun retour en arrière.

 

    Deux vidéos réalisées en 2012 illustrent le trouble perceptif à l’oeuvre dans le travail de Romy Berrenger. Dans Souffle vert et Souffle rose, elle filme en gros plan une masse visqueuse – verte ou rose – qui s’étire et se rétracte. L’aspect organique de cet amas agonisant entraîne un dégoût qui disparaît aussitôt que l’illusion s’estompe. Le spectateur reconnaît alors des chewing-gums à la menthe ou à la fraise. Les sensations désagréables liées à la première impression laissent place à un goût sucré associé au plaisir. En activant des modalités sensorielles fortes, ces vidéos – au-delà du filtre de l’écran – engagent le spectateur dans une phase active et corporelle de la perception.

    Comme pour répondre à nouveau à la question « Croit-on ce que l’on voit ou voit-on ce que l’on croit ? », Romy Berrenger se rend chez son grand-père et retourne systématiquement les petits objets de collection que sa mère avait disposés, enfant, dans un casier de présentation. Il faudra plusieurs jours pour que son grand-père se libère de son habitude perceptive et prenne conscience du changement. Ce geste, emblématique de la fascination de Romy Berrenger pour la classification et le rangement, est rejoué dans l’espace d’exposition avec la présentation du casier original et de ces petits objets retournés, sous le titre Noitcelloc6 – « Collection », à l’envers.

    Le jeu entre l’envers et l’endroit est aussi central dans l’installation 70YY 79/4077 dont les petits éléments jaune sont sculptés dans une matière prévue pour demeurer cachée8 : la pâte à fixe. Romy Berrenger crée une mini collection de formes subjectives à partir d’une même unité de mesure : une bande de matière. « J'ai travaillé sa facilité à se rendre élastique et extensible tout autant que celle de se rétracter. J'ai travaillé autour de sa fragilité: elle se tache facilement, se troue, se déforme. »9. « La matière qui prend corps » et « le corps comme matière » sont des sujets qui animent les recherches plastiques de Romy Berrenger. Dans une vidéo de 2014 intitulée Main dans la main, les mains de l’artiste fusionnent dans un geste magique et sensuel. Prises au piège dans leur propre matière, elles ondulent doucement avant de s’échapper de cette étreinte vertigineuse. Le corps semble changer de consistance, comme celui de l’homme élastique, Mr Fantastic, décrit par Marco Mancassola dans La vie sexuelle des super-héros :

« Les traits déformés, il s’étira en pleurant de douleur, convaincu d’y parvenir : J’enlacerai le monde, je le serrerai tout entier. »10.

Marie Griffay, 2016

5 Deux oeuvres seulement ont, à ce jour, été réalisées à l’aide d’effets spéciaux : « Main dans la main », 2014, série de 5 images en noir et blanc, 30 x 20 cm / « Main dans la main », 2014, vidéo couleur, 1’04’’.

6 Noitcelloc, 2016, collection d'objets retournés. 7 70YY 79/407, 2016, Planche en bois prépeinte, tréteau en bois, pâte à fixe, 203 x 80 cm.

8 Comme le chewing-gum !

9 Romy Berrenger. Entretien entre l’auteur et l’artiste, le 12 juillet 2016.

10 Marco Mancassola, La vie sexuelle des super-héros, Paris, Gallimard, coll. Folio, 2011, p. 239 [Première publication en Italie en 2008].